{"id":642,"date":"2023-02-13T09:27:46","date_gmt":"2023-02-13T08:27:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.grappilles.fr\/?p=642"},"modified":"2023-04-07T14:58:11","modified_gmt":"2023-04-07T12:58:11","slug":"les-freres-goncourt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.grappilles.fr\/index.php\/2023\/02\/13\/les-freres-goncourt\/","title":{"rendered":"Les Fr\u00e8res Goncourt"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grappilles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/800px-Felix_Nadar_1820-1910_portraits_Edmond_et_Jules_Goncourt.jpg?resize=373%2C512\" alt=\"\" class=\"wp-image-638\" width=\"373\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.grappilles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/800px-Felix_Nadar_1820-1910_portraits_Edmond_et_Jules_Goncourt.jpg?resize=746%2C1024&amp;ssl=1 746w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grappilles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/800px-Felix_Nadar_1820-1910_portraits_Edmond_et_Jules_Goncourt.jpg?resize=219%2C300&amp;ssl=1 219w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grappilles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/800px-Felix_Nadar_1820-1910_portraits_Edmond_et_Jules_Goncourt.jpg?resize=768%2C1054&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.grappilles.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/800px-Felix_Nadar_1820-1910_portraits_Edmond_et_Jules_Goncourt.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 373px) 100vw, 373px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">photographie prise par Nadar <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-medium-font-size has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les fr\u00e8res Goncourt \u00e9taient deux \u00e9crivains fran\u00e7ais du XIXe si\u00e8cle, Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870), qui ont travaill\u00e9 ensemble pendant la majeure partie de leur vie pour produire une s\u00e9rie d&rsquo;\u0153uvres litt\u00e9raires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Edmond et Jules \u00e9taient des auteurs prolifiques qui ont publi\u00e9 de nombreux romans, essais, pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et journaux intimes. Ils sont surtout connus pour leur collaboration sur un certain nombre d&rsquo;\u0153uvres, notamment leur roman le plus c\u00e9l\u00e8bre, \u00ab\u00a0Germinie Lacerteux\u00a0\u00bb (1865), qui raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune fille de la classe ouvri\u00e8re \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les fr\u00e8res Goncourt \u00e9taient \u00e9galement des collectionneurs d&rsquo;art et de livres rares, et ils ont laiss\u00e9 leur collection impressionnante \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie Goncourt, qu&rsquo;ils ont fond\u00e9e en 1896 pour promouvoir la litt\u00e9rature fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Jules de Goncourt est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9ment en 1870 des suites d&rsquo;une maladie, mais Edmond a continu\u00e9 \u00e0 \u00e9crire jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1896. Les fr\u00e8res Goncourt ont eu une grande influence sur la litt\u00e9rature fran\u00e7aise de leur \u00e9poque et leur style r\u00e9aliste et naturaliste a inspir\u00e9 de nombreux \u00e9crivains \u00e0 venir. Ils ont \u00e9galement laiss\u00e9 leur nom \u00e0 un c\u00e9l\u00e8bre prix litt\u00e9raire, le prix Goncourt, qui est d\u00e9cern\u00e9 chaque ann\u00e9e depuis 1903 \u00e0 un \u00e9crivain fran\u00e7ais pour un roman publi\u00e9 au cours de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide is-style-wide--1\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Article sur les Goncourt par Andr\u00e9 Billy <\/h2>\n\n\n\n<p>LE VRAI JOURNAL DES CONCOURT<br>par<br>ANDR\u00c9 BILLY<br>De l\u2019Acad\u00e9mie Concourt<\/p>\n\n\n\n<p>La publication int\u00e9grale, si longtemps diff\u00e9r\u00e9e, du \u00ab Journal des Goncourt \u00bb, appara\u00eet comme un \u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire de premi\u00e8re importance. Ce t\u00e9moignage sans fards sur une longue p\u00e9riode de la vie artistique et mondaine de Paris s&rsquo;inscrit parmi les inestimables documents qui servent \u00e0 la connaissance des m\u0153urs et des esprits. Pour le pr\u00e9senter et en pr\u00e9ciser toute la signification, nul n&rsquo;\u00e9tait mieux habilit\u00e9 que M. Andr\u00e9 Billy, historiographe p\u00e9n\u00e9trant des fr\u00e8res Goncourt. Les pages qu&rsquo;on va lire forment donc une pr\u00e9cieuse introduction \u00e0 une \u0153uvre litt\u00e9raire dont l&rsquo;objet et le caract\u00e8re ont soulev\u00e9 r<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019AI connu un temps o\u00f9, dans les journaux, on appelait encore serpent de mer une information d\u2019un caract\u00e8re douteux, chim\u00e9rique, qui revenait r\u00e9guli\u00e8rement sans recevoir jamais confirmation. A l\u2019origine, le serpent de mer \u00e9tait un monstre marin dont on annon\u00e7ait de temps \u00e0 autre l\u2019apparition. Le Constitutionnel, sous Louis-Philippe, s\u2019en \u00e9tait fait la sp\u00e9cialit\u00e9. Eh bien, le Journal des Goncourt a \u00e9t\u00e9, entre la guerre de 14 et ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une sorte de serpent de mer, dont on annon\u00e7ait de temps \u00e0 autre l\u2019apparition et qui ne paraissait jamais, si bien qu\u2019\u00e0 la fin on n\u2019en parlait plus qu\u2019avec ironie, comme d\u2019un canular, pour employer une expression d\u2019argot plus r\u00e9cente. Or, le Journal des Goncourt existait bel et bien puisqu\u2019il a fini par voir le jour. D\u2019ailleurs, le serpent de mer aussi existait r\u00e9ellement, si toutefois nous pouvons en croire une \u00e9tude tr\u00e8s document\u00e9e de mon tr\u00e8s regrett\u00e9 ami Fernand Fleuret qui faisait remonter son existence \u00e0 la plus haute antiquit\u00e9, tout au moins \u00e0 la Bible o\u00f9 il s\u2019appelle L\u00e9viathan. Sous ce nom, il a inspir\u00e9 un po\u00e8me \u00e0 Th\u00e9ophile Gautier.<br>De je ne sais quel monstre, je ne sais quel L\u00e9viathan, le Journal des Goncourt a sugg\u00e9r\u00e9 longtemps l\u2019image. Mais pour justifier, au moins dans une certaine mesure, l\u2019id\u00e9e redoutable qu\u2019on s\u2019en faisait, il faut que nous remontions \u00e0 son origine.<br>Pour employer un mot depuis peu en usage, comment les fr\u00e8res Jules et Edmond de Goncourt sont-ils devenus des diaristes, c\u2019est-\u00e0-dire des gens qui tiennent quotidiennement leur journal ? Eh bien, leur vocation de diaristes ou de m\u00e9morialistes quotidiens, s\u2019explique par leur vocation premi\u00e8re d\u2019artistes, de peintres, d\u2019aquarellistes, d\u2019aquafortistes ; elle s\u2019explique par un voyage qu\u2019ils firent \u00e0 travers la France jusqu\u2019en Alg\u00e9rie et pour lequel ils s\u2019\u00e9taient munis d\u2019un carnet sur lequel ils firent des croquis. Faire des croquis les conduisit tout naturellement \u00e0 prendre des notes. Edmond de Goncourt a avou\u00e9 plus tard que c\u2019est ce carnet de notes et de croquis qui fit d&rsquo;eux des \u00e9crivains. Et, en effet, ce n\u2019est pas seulement leur Journal qui est fait de notations juxtapos\u00e9es, de traits pris sur le vif, de craquetons, c\u2019est toute leur \u0153uvre, ce sont tous leurs romans. L\u2019inspiration \u00e9tait chez eux ins\u00e9parable de la chose vue, ou entendue. Leur travail de romancier ne consistait qu\u2019\u00e0 rassembler, qu\u2019\u00e0 regrouper leurs notes, qu\u2019\u00e0 les fignoler, qu\u2019\u00e0 passer \u00e0 travers elles le fil d\u2019une anecdote qui, elle-m\u00eame, leur avait \u00e9t\u00e9 fournie du dehors. Leur apport personnel le plus important r\u00e9sidait dans l\u2019\u00e9criture, l\u2019\u00e9criture artiste, comme ils disaient, cette \u00e9criture artiste qui a tant vieilli, mais tout de m\u00eame moins qu\u2019on ne le dit. Il en reste bien des traces dans nos fa\u00e7ons d\u2019\u00e9crire d\u2019aujourd\u2019hui. Une des caract\u00e9ristiques de leur personnalit\u00e9 litt\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 l\u2019importance qu\u2019ils accordaient aux int\u00e9rieurs, au d\u00e9cor des appartements. C\u2019est l\u00e0-dessus qu\u2019ils jugeaient si leurs amis et confr\u00e8res m\u00e9ritaient ou non la qualit\u00e9 d\u2019artistes. Si vous n\u2019\u00e9tiez pas un artiste, si votre mobilier \u00e9tait d\u2019un bourgeois quelconque, comme celui de Sainte-Beuve par exemple, vous n\u2019aviez aucun droit \u00e0 leur consid\u00e9ration.<br>DOUZE CAHIERS<br>Dans une armoire du d\u00e9partement des Imprim\u00e9s, \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, le manuscrit remplit onze cahiers, plus un cahier de copie et d\u2019index. Il offre cette particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre, pour les cinq premiers cahiers, presque tout entier de la petite \u00e9criture de Jules et, pour les cahiers suivants, r\u00e9dig\u00e9s apr\u00e8s la mort de ce dernier, de l\u2019\u00e9criture d\u2019Edmond, beaucoup plus r\u00e9guli\u00e8re et d\u2019une \u00e9l\u00e9gance tr\u00e8s aristocratique.<br>Pendant plus de trente ans, les deux fr\u00e8res y avaient travaill\u00e9 en commun, presque chaque soir, au cours d\u2019une conversation dont c\u2019\u00e9tait ensuite le r\u00f4le de Jules de r\u00e9diger, en quelque sorte, le proc\u00e8s- verbal. Edmond tenait beaucoup \u00e0 ce que l\u2019on s\u00fbt qu\u2019il avait pris \u00e0 l\u2019inspiration du Journal, sinon \u00e0 sa r\u00e9daction, une part \u00e9gale \u00e0 celle de son fr\u00e8re. Il est cependant certain que celui-ci en a \u00e9t\u00e9 pour bien des passages, le seul auteur.<br>Ils entretenaient autour de leur Journal un secret absolu. Aucun de leurs amis ne semble avoir devin\u00e9 que, presque tous les soirs, ou, en tout- cas, plusieurs fois par semaine, enferm\u00e9s dans leur appartement de la rue Saint-Georges, au milieu de leurs bibelots du xvni\u00b0 si\u00e8cle, ces deux hommes, li\u00e9s par une amiti\u00e9, une fraternit\u00e9 d\u2019esprit et de c\u0153ur, dont l\u2019histoire n&rsquo;offre pas d\u2019exemple, mettaient au point le compte rendu de leurs d\u00e9marches, de leurs visites, de leurs rencontres, de leurs impressions de la journ\u00e9e, et cela avec un souci de l\u2019expression rare et juste, et un respect total de la v\u00e9rit\u00e9 \u2014 de leur v\u00e9rit\u00e9 \u2014 qui n\u2019avaient pas non plus de pr\u00e9c\u00e9dent. Ils n\u2019en avaient pris le mod\u00e8le nulle part. Le- m\u00e9moires de Saint-Simon et de Chateaubriand proc\u00e8dent d\u2019un principe tout diff\u00e9rent. Les Concourt ignoraient les \u00e9crit : intimes de Stendhal, plus intimes, plu personnels que leur Journal. Bachaumon, seul a pu leur indiquer la voie, mais l\u00e0 encore la similitude est tr\u00e8s lointaine. Il ne serait pas exact de dire que leur Journal n\u2019est pas un journal intime comme celui d\u2019Amiel ; intime, il l\u2019est en grande partie. &lsquo; Bien qu\u2019ils n\u2019eussent pas ce que l\u2019on appelle une vie int\u00e9rieure intense, ils ont mis dans leur Journal beaucoup d\u2019eux- m\u00eames, de leurs \u00e9tats d\u2019\u00e2me, de leurs impressions, de leurs espoirs, de leurs d\u00e9ceptions, de leurs amiti\u00e9s, et de leurs aversions, surtout de leurs aversions. Quant \u00e0 leurs amours\u2026 Oh, ce n\u2019est pas la passion, la jalousie qui les emp\u00eachait de dormir. Ce n\u2019est pas non plus l\u2019angoisse m\u00e9taphysique. Ils attachaient plus d\u2019importance \u00e0 leur travail, \u00e0 leurs succ\u00e8s et \u00e0 leurs insucc\u00e8s professionnels. L\u2019incompr\u00e9hension des femmes les tourmentait moins que celle de la critique. Mais enfin les femmes ne sont pas absentes de leur Journal. Seulement elles y sont trait\u00e9es avec beaucoup de d\u00e9sinvolture. Pour les Concourt, un \u00e9crivain digne de ce nom se devait tout entier \u00e0 ses livres, les femmes ne devaient compter pour lui ni moralement, ni sentimentalement ; c\u2019est \u00e0 ce prix seulement qu\u2019il pouvait se r\u00e9aliser dans une \u0153uvre digne de ce nom. Manette Salomon, un de leurs romans les plus int\u00e9ressants o\u00f9 est \u00e9voqu\u00e9e la grande querelle de la couleur et du dessin, des romantiques et des ingristes, Manette Salomon est l\u2019histoire d\u2019un peintre qui rate sa vie parce qu\u2019il s\u2019est laiss\u00e9 dominer par sa ma\u00eetresse, th\u00e8me qu\u2019on retrouve dans Charles Demailly. Mais c\u2019est en vain qu\u2019on cherche dans la vie des Concourt, et donc dans leur Journal, l\u2019explication de leur misogynie, il semble qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 en eux, en tous deux, en quelque sorte cong\u00e9nitale. Aussi bien 1 attitude d\u2019Edmond, devant les femmes n\u2019\u00e9tait-elle pas exactement celle de Jules. Celui-ci plaisait aux femmes un peu faciles, c\u2019\u00e9tait un gentil blond \u00e0 la moustache fris\u00e9e, avec de la fantaisie et de l\u2019entrain. Par parenth\u00e8se, j\u2019ai appris il y a quelques jours seulement qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 l\u2019amant de C\u00e9leste Mogador, &lsquo; la fameuse danseuse du bal Ma- i bille, la rivale de la reine Pomar\u00e9, la future comtesse de Chabrian. Edmond, ,y de huit ans plus \u00e2g\u00e9, un peu &#8211; ? gourm\u00e9, un peu \u2022&rsquo; taciturne, un j peu triste, int\u00e9ressait les personnes s\u00e9rieuses et sentimentales. En r\u00e9alit\u00e9, et \u00e0 la diff\u00e9rence de celui de Stendhal, leur Journal est tr\u00e8s pauvre en confidences amoureuses. Est-ce \u00e0 dire que les Concourt ont ignor\u00e9 la psychologie f\u00e9minine ? Nullement, je tiens m\u00eame qu\u2019on ne leur a pas rendu assez justice sur ce point. On trouve sous leur plume des notations psychologiques extr\u00eamement justes et fines. Les femmes les occupaient certainement plus qu\u2019elles n\u2019occupaient Flaubert. Il y avait quelque chose de tr\u00e8s f\u00e9minin dans leur nervosit\u00e9, leur curiosit\u00e9 du d\u00e9cor, du bibelot, du costume. Neuf de leurs ouvrages, huit romans et une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, ont pour titres des noms de femmes. Ils avaient la pr\u00e9occupation des femmes, mais sur le plan de la psychologie litt\u00e9raire et romanesque, en tant qu\u2019observateurs et que moralistes, nullement \u00e0 titre personnel. Donc, dans leur Journal, beaucoup de r\u00e9flexions d\u2019un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019amour et le comportement f\u00e9minin, mais tr\u00e8s peu de confidences ; ou, quand ils en font, elles sont d\u00e9cevantes. On a vu des fr\u00e8res s\u2019entretuer par rivalit\u00e9 amoureuse. Avec les Concourt, nous sommes exactement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9. Vous m\u2019excuserez de ne pas insister sur cet aspect qu\u2019apr\u00e8s tout il n\u2019ont pas m\u00e9rit\u00e9e.<br>Jules de Concourt donc, \u00e9tait fait pour les courtes aventures o\u00f9 son c\u0153ur ne se sentait pas engag\u00e9. Il en a eu, et c\u2019est une justice \u00e0 lui rendre que de reconna\u00eetre sa discr\u00e9tion en pareille mati\u00e8re. Ses succ\u00e8s ne nous sont connus que par des allusions. Edmond de Concourt non plus n\u2019est pas prolixe l\u00e0-dessus. Si indiscrets quand il beaucoup de r\u00e9flexions d\u2019un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019amour et le comportement f\u00e9minin, mais tr\u00e8s peu de confidences ; ou, quand ils en font, elles sont d\u00e9cevantes. On a vu des fr\u00e8res s\u2019entretuer par rivalit\u00e9 amoureuse. Avec les Concourt, nous sommes exactement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9. Vous m\u2019excuserez de ne pas insister sur cet aspect de leur vie sentimentale, si toutefois le mot sentimental est de mise en la circonstance. Je craindrais de leur attirer de votre part une m\u00e9sestime s\u2019agit de la vie priv\u00e9e des autres, ils font preuve d\u2019une grande r\u00e9serve quand ils sont eux-m\u00eames en cause, \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse de leur \u0153uvre, de leur art, de leurs succ\u00e8s ou de leurs insucc\u00e8s. L\u00e0-dessus, ils sont intarissables. Il faut lire entre les lignes pour s\u2019apercevoir que la sensibilit\u00e9 humaine d\u2019Edmond n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement an\u00e9antie par sa sensibilit\u00e9 litt\u00e9raire. Si Jules \u00e9tait joli gar\u00e7on, Edmond \u00e9tait bel homme. Il avait de l\u2019allure, avec des cheveux \u00e9pais et ondul\u00e9s, une moustache conqu\u00e9rante une haute stature, une attitude un peu militaire, qui n\u2019allait ni sans raideur ni sans timidit\u00e9. Il avait de quoi plaire et il plaisait, mais, par l\u2019effet d\u2019on ne sait quel refoulement, il feignait de ne pas s\u2019en apercevoir. En deux circonstances caract\u00e9ristiques, sa fa\u00e7on de se comporter a \u00e9t\u00e9 assez curieuse.<br>Avant 1870, les deux fr\u00e8res avaient pour amis deux autres fr\u00e8res, Camille et Eudoxe Marcille, le premier conservateur du mus\u00e9e de Chartres, le second conservateur du mus\u00e9e d\u2019Orl\u00e9ans, qui avaient re\u00e7u en h\u00e9ritage de tr\u00e8s beaux tableaux du xvm\u00b0 si\u00e8cle. En mai 1858, Eudoxe emmena les Concourt \u00e0 une exposition organis\u00e9e \u00e0 Chartres. A Ois\u00e8me, o\u00f9 il habitait, pr\u00e8s de Ch\u00e2tres, Camille les invita \u00e0 venir admirer ses tr\u00e9sors. Ils se plurent dans cette famille tr\u00e8s provinciale, tr\u00e8s solide, mais aussi tr\u00e8s amusante. Ils aimaient beaucoup les enfants, sentiment assez fr\u00e9quent chez les c\u00e9libataires. Il y en avait six chez Camille Marcille. Jules fit leur conqu\u00eate et, par-dessus le march\u00e9, celle de la bonne. \u00ab Si j\u2019\u00e9tais riche, disait-elle, j\u2019en ferais mon c\u0153ur. \u00bb Mme Marcille leur parut d\u2019abord, r\u00eache, raide, secr\u00e8te, le type m\u00eame de la femme doctrinaire, ont-ils not\u00e9 dans leur Journal. Qu\u2019\u00e9tait-ce, pour eux, qu\u2019une femme doctrinaire ? Sans doute une femme \u00e0 cheval sur les principes. Toujours est-il que, doctrinaire ou non, Mme Marcille se prit pour Edmond d\u2019une amiti\u00e9 qui porta ombrage \u00e0 son mari. Les lettres conserv\u00e9es d\u2019elle et que j\u2019ai pu lire l\u2019indiquent assez clairement. Mais apr\u00e8s la mort de Jules on la voit prendre soin de couvrir du souvenir du cadet le sentiment qu\u2019elle avait pour l\u2019a\u00een\u00e9. \u00ab Quelle lettre que celle de Mme X.\u2026, \u00e9crit Edmond dans le Journal. Comme l\u2019amour se cache bien mal sous son amiti\u00e9, et comme, malgr\u00e9 son honn\u00eatet\u00e9, malgr\u00e9 son ardente maternit\u00e9 chaque ligne confesse : je vous aime. Aujourd\u2019hui, dans cette seconde lettre que je re\u00e7ois ce matin, le curieux \u00e9tat de c\u0153ur et l\u2019ineffable tendresse qu\u2019elle m\u2019offre \u00e0 travers la personne de Dieu\u2026 C\u2019est touchant, ces tromperies que se fait \u00e0 lui- m\u00eame, un noble et sensible c\u0153ur de femme, qu\u2019un d\u00e9vouement aimant livre toute ouverte aux illusions de l\u2019affection pure et de l\u2019amour non coupable. \u00bb En 1872, ils se rencontr\u00e8rent \u00e0 un mariage et elle lui balbutia une promesse d\u2019aller le voir. C\u2019est lui qui lui fit une visite, une visite triste, presque fun\u00e8bre. Elle lui demanda l\u2019emplacement de la tombe de son fr\u00e8re pour s\u2019y rendre en cachette de son mari. En 1876, celui-ci mourut \u00e0 son tour. Edmond et Eudoxe aid\u00e8rent la veuve \u00e0 vendre ses collections. En 1884, elle renvoya \u00e0 l\u2019a\u00een\u00e9 les lettres qu\u2019elle avait conserv\u00e9es du cadet* et elle l\u2019invita \u00e0 venir la voir, mais il en fut emp\u00each\u00e9, En juin 1885, \u00e0 l\u2019anniversaire de la mort de Jules, il trouva sur la tombe deux bouquets de roses et d\u2019\u0153illets qui venaient d\u2019elle. Peut-\u00eatre se revirent-, ils ; on l\u2019ignore, mais c\u2019est certainement en pensant \u00e0 elle qu\u2019il \u00e9crivait dans son journal, en 1886 : \u00ab Les quelques femmes que- j\u2019ai hautement aim\u00e9es \u2014 retenez l\u2019expression hautement aim\u00e9es \u2014 aim\u00e9es, avec un peu de ma cervelle m\u00eal\u00e9e \u00e0. mon c\u0153ur, &lsquo; je ne les ai pas eues et, cependant, j\u2019ai la croyance que, si j\u2019avais voulu absolument, les avoir, elles auraient \u00e9t\u00e9 \u00e0 moi. Mais je me suis complu dans ce sentiment, au charme indescriptible, d\u2019une femme hon-. n\u00eate men\u00e9e au bord de la faute et qu\u2019on y laisse vivre avec la tentation et la peur d cette faute. \u00bb A quoi il ajoutait le mois, suivant : \u00ab Au fond, c\u2019est dur de n\u2019avoir&rsquo; pas une oreille, un c\u0153ur de femme intelligente, pour y d\u00e9poser ses souffrances d\u2019orgueil et de vanit\u00e9 litt\u00e9raire. \u00bb Ainsi, quand Edmond regrettait de n\u2019avoir pas une amie, une grande et intime amie, \u00e9pouse ou ma\u00eetresse, \u00e0 qui s\u2019abandonner avec une totale confiance, c\u2019est encore \u00e0 son m\u00e9tier et \u00e0 sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain, c\u2019est encore \u00e0 la litt\u00e9rature qu\u2019il pensait. Ce qui ne doit pas nous emp\u00eacher de rendre hommage \u00e0 sa d\u00e9licatesse et \u00e0 sa pudeur de c\u0153ur. M\u00eame l\u2019esp\u00e8ce de perversit\u00e9 qu\u2019il go\u00fbtait \u00e0 sentir une honn\u00eate femme pr\u00eate \u00e0 p\u00e9cher pour lui, \u00e0 s\u2019arranger m\u00eame pour que les choses en restassent l\u00e0, par la peur qu\u2019il avait d\u2019encombrer sa vie de c\u00e9libataire \u00e9go\u00efste et d\u2019\u00e9crivain jaloux de son ind\u00e9pendance, m\u00eame cette perversit\u00e9, dont il \u00e9tait le premier \u00e0 souffrir, doit, il me semble, \u00eatre compt\u00e9e \u00e0 son avantage. Elle n\u2019est pas d\u2019une \u00e2me vulgaire.<br>Un autre \u00e9pisode, qui n\u2019est pas racont\u00e9 en clair dans le Journal, mais o\u00f9 il n\u2019est pas difficile de mettre le nom de Mlle Abba- tucci, demoiselle d\u2019honneur de la Princesse Mathilde, nous le montre dans une situation qu\u2019il est impossible de consid\u00e9rer sans un peu d\u2019amusement.<br>D\u00e8s 1874, le bruit avait couru de son mariage avec cette demoiselle d\u2019honneur. S\u2019\u00e9tait-il montr\u00e9 trop empress\u00e9 ou l\u2019id\u00e9e de ce mariage venait-elle d\u2019une dame de compagnie de la Princesse, Mme de Galbois, qui, dix ans plus t\u00f4t, s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mis en t\u00eate de marier Flaubert ? Le fait est que c\u2019est seulement en 1878 que Concourt se prit d\u2019un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat pour Marie Abbatucci, mais vous allez voir \u00e0 quel point de vue particulier : \u00ab Quelle mine de jolis d\u00e9tails, quel magasin de rares et inconnus documents humains que cette demoiselle Abbatucci 1 Si j\u2019\u00e9tais plus jeune, je serais tent\u00e9 de l\u2019\u00e9pouser pour faire sur la femme, sur la demoiselle de ce temps, des romans comme il n\u2019y en a pas et comme il n\u2019y en aura pas. \u00bb Ainsi, Edmond de Concourt e\u00fbt \u00e9t\u00e9, \u00e0 la rigueur, capable d\u2019\u00e9pouser une jeune fille, non par amour, non pour fonder une famille, mais pour tirer d\u2019elle la documentation d\u2019un roman ! Il y a dans sa vie et dans celle de son fr\u00e8re peu de traits plus frappants de leur fa\u00e7on de tout ramener \u00e0 la litt\u00e9rature et de se comporter partout et toujours en hommes de lettres pour qui le seul but de la vie ne pouvait \u00eatre que de fournir des mat\u00e9riaux \u00e0 la litt\u00e9rature. Vraiment, personne n\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 ce point le culte de la chose \u00e9crite\u2026 ou \u00e0 \u00e9crire Mais, attendez, nous n\u2019en avons pas fini avec Mlle Abbatucci. Une autre note, post\u00e9rieure de cinq ans, la peint comme une gaiet\u00e9 devant la \u00ab voyouterie \u00bb de Forain. En 1887, Edmond re\u00e7ut d\u2019elle une lettre si tendre que, malgr\u00e9 sa r\u00e9serve et sa prudence, il faillit lui r\u00e9pondre sur le m\u00eame ton. Seulement, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 s\u2019engager dans les voies du mariage, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 renier toutes leurs id\u00e9es, \u00e0 lui et \u00e0 son fr\u00e8re, sur le devoir qu\u2019a l\u2019\u00e9crivain d\u00e9 sacrifier \u00e0 son \u0153uvre l\u2019amour, la famille, les enfants, tout, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9, chose au moins aussi grave, renoncer \u00e0 sa ch\u00e8re Acad\u00e9mie, car ce n\u2019est plus celle-ci qui e\u00fbt h\u00e9rit\u00e9 de sa fortune, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 sa veuve ! La myst\u00e9rieuse personne \u2014 s\u2019agit-il de Mlle Abbatucci ou d\u2019une autre ? Le Journal ne le dit pas express\u00e9ment, mais, au point de vue de la psychologie d\u2019Edmond de Concourt, peu importe le nom de la visiteuse \u2014 la myst\u00e9rieuse personne vint le voir en cachette et, comme il lui baisait les mains, elle soupira : \u00ab Je ne devrais pas permettre cela\u2026 Mais je n\u2019aurais pas d\u00fb venir non plus\u2026 \u00bb Sc\u00e8ne classique de la coquette et du barbon. Deux jours apr\u00e8s, chez la Princesse, reprise du dialogue : \u00ab Pour moi, vous ne sacrifieriez rien, lui dit-elle. \u2014 Et vous, pour moi ? \u2014 Tout 1 \u00bb fit-elle en le regardant droit dans les yeux. 11 faillit lui r\u00e9pondre : \u00ab Tout\u2026 Tout\u2026 Un homme que j\u2019ai connu disait en parlant de la femme aim\u00e9e par lui : \u00ab Pour cette femme, je sacrifierais ma \u00ab fortune, ma vie, mon honneur \u00bb : Me sacri\u00acfieriez-vous ce qu\u2019il mettait en dernier ? \u00bb Mais elle lui aurait r\u00e9pondu affirmativement, elle lui aurait dit que oui, qu\u2019elle lui aurait sacrifi\u00e9 volontiers son honneur et sa vertu et alors toute retraite lui aurait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e, il lui serait devenu impossible de s\u2019en tirer par des \u00e9quivoques et des \u00e9chappatoires, il aurait \u00e9t\u00e9 contraint de la prendre au mot, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le mariage in\u00e9vitable.<br>Elle avait des yeux m\u00e9lancoliques, deux grains de beaut\u00e9 qui relevaient la blancheur de sa gorge, et des cheveux blonds qui frisaient d\u00e9licieusement sur sa nuque, jolie ing\u00e9nue, pleine d\u2019\u00e9tonnement et de Edmond avait un faible pour les nuques. avouait suivre des nuques -comme d\u2019autres suivaient des jambes. Entre nous, je crois qu\u2019il ne les suivait jamais bien loin.<br>Ayant re\u00e7u de la jeune fille une rose mousseuse qui avait orn\u00e9 la veille son d\u00e9collet\u00e9, il br\u00fbla la fleur sur une pelle rougie au feu et en mit la cendre dans une tabati\u00e8re chinoise de jade blanc. \u00ab L\u2019acheteur futur de la tabati\u00e8re, lit-on dans le Journal, ne se doutera gu\u00e8re que cette pinc\u00e9e de cendre, ce sont les cendres des amours du romancier de Ch\u00e9rie avec Mlle X.\u2026 \u00bb Il \u00e9tait obs\u00e9d\u00e9 par ses grains de beaut\u00e9 et le duvet de sa nuque, mais il lui trouvait l\u2019intelligence petite et le caract\u00e8re gnangnan. A lui, un triste, ce n\u2019\u00e9tait pas ce qu\u2019il fallait. Elle lui annon\u00e7a une seconde visite, alors, le pauvre homme, \u00e9pouvant\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la tentation que \u00e7\u2019allait \u00eatre de nouveau pour lui et du danger que son Acad\u00e9mie allait encore courir, prit une r\u00e9solution h\u00e9ro\u00efque, il chargea P\u00e9lagie, sa gouvernante, de dire \u00e0 la visiteuse, qu&rsquo;il \u00e9tait all\u00e9 chez les Daudet \u00e0 Champrosay. Elle vint et elle d\u00e9jeuna toute seule, servie par P\u00e9lagie et, pendant ce temps, lui, couch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tage au-dessus, se retenait \u00e0 grand-peine de tousser pour ne pas trahir sa pr\u00e9sence. A 2 heures, quand elle fut partie, il put enfin se mettre \u00e0 table \u00e0 son tour. \u00ab En voil\u00e0 des aventures pour un homme de 65 ans ! notat-il dans le Journal. Mais, ma parole d\u2019honneur, je soupire apr\u00e8s la vie sans aventures. \u00bb Elle fit une derni\u00e8re tentative : qu\u2019il all\u00e2t la voir \u00e0 la campagne pour le jour de sa f\u00eate ! De nouveau, il pr\u00e9texta Champrosay o\u00f9 il devait rencontrer Porel\u2026 Cette fois, elle y renon\u00e7a et pour toute vengeance, lui adressa un petit mot plein d\u2019ironie qui le tourmenta toute une journ\u00e9e, mais quoi Son Acad\u00e9mie \u00e9tait sauv\u00e9e, c\u2019\u00e9tait le principal ! Tout de m\u00eame, elle l\u2019avait \u00e9chapp\u00e9 belle !<br>LA FIN D\u2019UN SECRET<br>Depuis plus de trente ans, Edmond de Goncourt, avec son fr\u00e8re d\u2019abord, puis seul, tenait son journal sans le dire \u00e0 personne, lorsqu\u2019il se d\u00e9cida enfin \u00e0 rompre un secret si bien gard\u00e9. A la date du 12 juillet 1883, on lit dans le Journal : \u00ab Les Daudet viennent d\u00e9jeuner chez moi. Je leur lis quelques notes de mes M\u00e9moires. Ils ont l\u2019air sinc\u00e8rement \u00e9tonn\u00e9 de la vie de ces pages parlant d\u2019un pass\u00e9 mort. \u00bb<br>Qu\u2019avaient voulu faire les deux fr\u00e8res en \u00e9crivant ces notes journali\u00e8res ? \u00ab Dans mon Journal, j\u2019ai voulu recueillir tout ce qui se perd de curieux dans la conversation \u00bb, lit-on dans la pr\u00e9face. Remarquons tout de suite le cr\u00e9dit accord\u00e9 par Goncourt aux propos de conversation. A croire que, pour eux, pour lui, tout ce qui \u00e9tait dit, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de bouche \u00e0 oreille, \u00e9tait parole d\u2019\u00e9vangile et m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre \u00e9crit pour passer \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. A croire que, ni \u00e0 Edmond, ni \u00e0 Jules, T exp\u00e9rience n\u2019avait appris que, 9 fois sur 10, tout ce qui d\u00e9fraie les conversations, \u00e0 Paris et ailleurs, surtout quand c\u2019est scandaleux, est au moins inexact, quand ce n\u2019est pas compl\u00e9tement faux. Mais ils ont voulu aussi faire ce que les m\u00e9morialistes de l\u2019\u00e2ge classique, Saint-Simon notamment, n\u2019ont pas pens\u00e9 \u00e0 faire. : la peinture des choses. Ils n\u2019avaient pas oubli\u00e9 que leur vocation premi\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 de peindre. D\u2019o\u00f9, dans leur Journal, tant de portraits, tant d\u2019int\u00e9rieurs, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de traits de m\u0153urs et d\u2019anecdotes retenus, choisis pour leur noirceur atroce. Gomment ces r\u00e9alistes, \u00e9pris de v\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9rale, \u2022&rsquo; n\u2019auraient-ils pas partag\u00e9 le go\u00fbt des \u00e9crivains de leur g\u00e9n\u00e9ration pour l\u2019affreux, >. pour le repoussant, pour tous les c\u00f4t\u00e9s abominables de la nature humaine et de la soci\u00e9t\u00e9 ? Dans leur pens\u00e9e, plus une anecdote \u00e9tait horrible et r\u00e9pugnante, plus elle avait de chance d\u2019\u00eatre vraie, plus elle m\u00e9ritait par cons\u00e9quent de figurer dans leur Journal. C\u2019\u00e9tait l\u2019aboutissement normal de l\u2019esth\u00e9tique romantique qui avait. revendiqu\u00e9 pour la laideur sa place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la beaut\u00e9. Pour le r\u00e9alisme, il ne devait plus y avoir de place que pour la laideur, et la b\u00eatise. La beaut\u00e9, la bont\u00e9, la gr\u00e2ce devaient \u00eatre exclues de l\u2019art comme fonci\u00e8rement conventionnelles. Et c\u2019est pourquoi tant de pages du Journal des Goncourt ont un c\u00f4t\u00e9 p\u00e9nible, parfois m\u00eame scandaleux. Cela r\u00e9sulte d\u2019un parti pris, mais d\u2019un L. parti pris sinc\u00e8re et, \u00e0 ce titre, parfaitement honorable. Les Goncourt \u00e9taient persuad\u00e9s que seule la laideur \u2014 j\u2019entends la laideur morale \u2014 \u00e9tait vraie, et comme ils avaient le culte de la v\u00e9rit\u00e9\u2026<br>Le culte de la v\u00e9rit\u00e9 et, nous l\u2019avons dit, le culte de la litt\u00e9rature. Tout ce qui concernait les \u00e9crivains, leur vie priv\u00e9e, avait pour eux quelque chose de sacr\u00e9 ; il fallait que la post\u00e9rit\u00e9 en f\u00fbt inform\u00e9e. Conception, \u00e9videmment. un peu na\u00efve, mais dont nous n\u2019avons pas le droit de sourire quand nous voyons nos journaux petits et grands, quand nous entendons la Radio se faire l\u2019\u00e9cho des moindres informations relatives \u00e0 la vie personnelle de nos plus glorieux comme de nos plus modestes litt\u00e9rateurs. Ce d\u00e9bordement d\u2019indiscr\u00e9tions \u00e9crites et photographiques dont nous avons tous les jours le spectacle a probablement son origine dans le. Journal des Goncourt. Dans ce domaine-l\u00e0 comme dans plusieurs autres, ils ont \u00e9t\u00e9 des initiateurs.<br>Depuis 1883, donc, le Journal, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au m\u00e9nage Daudet, n\u2019\u00e9tait plus un secret. Daudet en avait parl\u00e9 \u00e0 Francis Magnard, r\u00e9dacteur en chef du Figaro qui, en ao\u00fbt 1886, en publia successivement sept morceaux sans qu\u2019Edmond de Concourt re\u00e7\u00fbt des lecteurs la moindre marque d\u2019encouragement. Au contraire ! Il y eut, au moins, deux protestations ; l\u2019une d\u2019une vieille cousine lui reprochant d\u2019avoir mal parl\u00e9 de son beau-p\u00e8re, une autre d\u2019Alb\u00e9ric Second qui, furieux de voir reproduits des propos jadis tenus au Caf\u00e9 Riche, faillit lui envoyer ses t\u00e9moins. Cela commen\u00e7ait bien ! Concourt se promit d\u2019\u00eatre plus prudent ; il \u00e9chenillerait son Journal et en arr\u00eaterait la publication \u00e0 la mort de son fr\u00e8re, en 1870.<br>Autour de lui, chez la Princesse, l\u2019atmosph\u00e8re se refroidit. La ma\u00eetresse de maison elle-m\u00eame lui reprocha de diminuer Th\u00e9ophile Gautier et d\u2019employer de ces mots I Il faillit prendre son chapeau et s\u2019en aller pour ne plus revenir.<br>Le premier volume du Journal expurg\u00e9 parut en mars 1887, et tout de suite il eut des imitateurs : \u00e0 l&rsquo;exemple des Concourt, Barr\u00e9s entreprit de r\u00e9diger ses Cahiers et Jules B\u00e9nard son Journal. Tout \u00e9dulcor\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait, le Journal, qui portait en sous- titre : M\u00e9moires de la vie litt\u00e9raire, souleva des protestations et d\u2019abord celle de Taine, tr\u00e8s m\u00e9content de voir imprim\u00e9 ce qui s\u2019\u00e9tait dit au restaurant Magny, entre amis. \u00ab Quand je causais avec vous, \u00e9crivit-il \u00e0 Concourt, c\u2019\u00e9tait sur rosa, comme disait notre pauvre Sainte-Beuve. Je ne veux \u00eatre responsable que de ce que j\u2019ai \u00e9crit, avec r\u00e9flexion, en vue de publier. \u00bb Une jeune personne, probablement Mlle Abbatucci, lui reprocha de trop parler de ses ma\u00eetresses, en quoi elle avait tort, car, comme nous le remarquions tout \u00e0 l&rsquo;heure, les Concourt se montraient sur ce chapitre, d\u2019une discr\u00e9tion remarquable, Edmond du moins, et il est vrai qu\u2019en fait de ma\u00eetresses il n\u2019avait pas grand-chose \u00e0 raconter. En tout cas, la critique de ce premier volume fut \u00e0 peu pr\u00e8s nulle et la vente tr\u00e8s faible. Celle du second fut d\u2019abord meilleure. Jamais ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 si bien trait\u00e9s par leurs confr\u00e8res. Les protestations n\u2019en furent pas moins nombreuses et bient\u00f4t les critiques tourn\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9reintement. Emile Bergerat, qui devait \u00eatre plus tard de l\u2019Acad\u00e9mie Concourt, alla jusqu\u2019\u00e0 qualifier Edmond de prince de toutes les mufleries et de toutes les pignonneries. Le troisi\u00e8me volume, qui se<br>terminait sur les pages \u00e9mouvantes de la mort de Jules, parut en 1888. Edmond, d\u00e9go\u00fbt\u00e9, se jura d\u2019en rester l\u00e0. En pr\u00e9vision des attaques dont il s\u2019attendait \u00e0 \u00eatre l\u2019objet, il s\u2019\u00e9tait procur\u00e9 un casse- t\u00eate, mais personne ne bougea. Jules Trou- bat, ancien secr\u00e9taire et h\u00e9ritier de Sainte- Beuve, se contenta de lui \u00e9crire qu\u2019il ne le consid\u00e9rait plus comme un galant homme. \u00ab Grand indiscret \u00bb, lui lan\u00e7a la princesse Mathilde qui, dans le premier moment, avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s irrit\u00e9e contre lui.<br>Ainsi se termina la premi\u00e8re s\u00e9rie de trois Volumes. Maintenant, Concourt \u00e9tait tout \u00e0 fait d\u00e9courag\u00e9. On ne l\u2019attaquait m\u00eame plus !<br>En octobre 1890, il n\u2019en fit pas moins para\u00eetre le volume sur le si\u00e8ge et la Commune qui, de l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, est la perle de l\u2019ouvrage et permet de r\u00e9pondre quand on entend dire qu\u2019Edmond de Concourt avait moins de talent que son fr\u00e8re. En admettant que les trois premiers volumes plaident en faveur de cette th\u00e8se, le quatri\u00e8me la r\u00e9fute absolument. Les sc\u00e8nes du si\u00e8ge de Paris et de la Commune sont incontestablement d\u2019un grand \u00e9crivain. Sur ce triste sujet, il n\u2019y a pas de plus saisissant, de plus beau t\u00e9moignage. Mais elles firent mettre en doute le patriotisme de l\u2019auteur. \u00ab Ils nient m\u00eame \u2014 ils, c\u2019est-\u00e0-dire leurs adversaires les journalistes \u2014 mon affection fraternelle. Pourquoi ? Simplement parce que mes souffrances patriotiques et mes deuils de c\u0153ur, c\u2019est \u00e9crit. Si cela ne l\u2019\u00e9tait pas, j\u2019aurais \u00e0 en revendre tout ce qu\u2019on dit me manquer. \u00bb Les journalistes n\u2019\u00e9taient pas seuls de cet avis. J\u2019ai trouv\u00e9, dans la correspondance conserv\u00e9e \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, cette lettre surprenante du peintre Raffa\u00eblli : \u00ab Comme tout ce Journal devient terrible dans son esprit ! Le c\u0153ur se froisse singuli\u00e8rement aux premi\u00e8res pages o\u00f9 l\u2019on voit, sous le coup de votre grande douleur, se d\u00e9velopper en vous un \u00e9go\u00efsme vraiment f\u00e9roce. Quel homme vous devenez alors : insensible \u00e0 tout ce qui vous entoure, vous n\u2019avez plus que des craintes et des d\u00e9sirs maniaques. \u00bb C\u2019\u00e9tait exag\u00e9r\u00e9ment s\u00e9v\u00e8re, c\u2019\u00e9tait faux.<br>Je ne m\u2019\u00e9tendrai pas sur l\u2019affaire Renan que tout le monde se rappelle. Furieux qu\u2019Edmond de Concourt e\u00fbt rapport\u00e9 des propos de lui sur la sup\u00e9riorit\u00e9 des Allemands, Renan \u00e9crivit une lettre ouverte et donna des interviews aux journaux. \u00ab &lsquo;fous ces r\u00e9cits de M. de Concourt sur de d\u00eeners dont il n\u2019avait aucun droit de s&lt; &#8211; faire l\u2019historiographe, \u00e9crivait-il, sont de. ; compl\u00e8tes transformations de la v\u00e9rit\u00e9 Il n\u2019a pas compris et nous attribue ce que son esprit, ferm\u00e9 \u00e0 toute id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, lui a fait croire ou entendre. En ce qui me concerne, je proteste de toutes mes forces contre ce triste reportage\u2026 J\u2019ai pour principe que le radotage des sots ne tire pas \u00e0 cons\u00e9quence ; \u00bb Alors, pourquoi protester si fort ?<br>Renan avait certainement tenu, avec plus ou moins de nuances et de r\u00e9serves, les propos r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par Concourt. Dans une interview de Echo de Paris, celui-ci lui r\u00e9pondit en affirmant que les conversations rapport\u00e9es \u00e9taient pour ainsi dire des st\u00e9nographies, enregistr\u00e9es le soir m\u00eame ou, au plus tard, le lendemain matin. Quant au reproche d\u2019indiscr\u00e9tion \u2014 que Taine lui avait fait d\u00e9j\u00e0 \u2014 il l\u2019acceptait sans honte. Ses indiscr\u00e9tions \u00e9taient des divulgations, non de la vie priv\u00e9e, mais de la pens\u00e9e, des id\u00e9es de ses contemporains, c\u2019\u00e9taient des documents pour l\u2019histoire intellectuelle du si\u00e8cle.<br>LA V\u00c9RIT\u00c9 HUMAINE<br>Si je vous avouais que la th\u00e8se de mon cher Edmond de Concourt ne me semble pas tout \u00e0 fait inattaquable, vous seriez peut-\u00eatre en droit de me demander pourquoi l\u2019Acad\u00e9mie Concourt a pris la responsabilit\u00e9 de publier int\u00e9gralement le Journal. A quoi je vous r\u00e9pondrais que mon opinion n\u2019engage \u00e0 aucun degr\u00e9 l\u2019Aca- demie Concourt, c\u2019est une opinion personnelle. Je vous r\u00e9pondrais surtout que, si l\u2019Acad\u00e9mie Concourt a publi\u00e9 le Journal, tout le Journal, se contentant de remplacer quelques noms propres par des initiales, c\u2019est parce que son fondateur lui en avait fait le devoir. Elle a retard\u00e9 cette publication le plus possible. Elle ne s\u2019y est d\u00e9cid\u00e9e que quarante ans apr\u00e8s la date fix\u00e9e par Concourt et quand il fut devenu certain que cette publication ne pourrait plus nuire \u00e0 personne. Sous ce rapport, notre conscience collective est parfaitement en repos. Quant \u00e0 la question de savoir si, moi qui vous parle, je me permettrais de coucher par \u00e9crit des confidences d\u2019amis et des potins non contr\u00f4lables pour qu\u2019ils soient imprim\u00e9s apr\u00e8s ma mort, eh bien, certain que cette publication ne pourrait plus nuire \u00e0 personne. Sous ce rapport, notre conscience collective est parfaitement en repos. Quant \u00e0 la question de savoir si, moi qui vous parle, je me permettrais de coucher par \u00e9crit des confidences d\u2019amis et des potins non contr\u00f4lables pour qu\u2019ils soient imprim\u00e9s apr\u00e8s ma mort, eh bien, non, je ne le ferais pas, et pour plusieurs raisons, et d&rsquo;abord parce que le soir, nion travail termin\u00e9, je suis trop fatigu\u00e9 pour \u00e9crire le r\u00e9sum\u00e9 de tout ce que j\u2019ai vu et entendu depuis le matin, j&rsquo;ai noirci assez de papier dans la journ\u00e9e. Et puis, c\u2019est aussi probablement que je ne nourris pas pour la litt\u00e9rature, la chose litt\u00e9raire, le. milieu litt\u00e9raire, l\u2019int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9, fanatique, aveugle qu\u2019avait Edmond de Concourt. Pour ce qu\u2019il appelait la v\u00e9rit\u00e9 humaine non plus ! A cette v\u00e9rit\u00e9, il croyait dur comme fer et il estimait que c\u2019\u00e9tait le devoir de<br>l\u2019\u00e9crivain de l\u2019exprimer, de la formuler, de la transcrire aussi fid\u00e8lement, aussi exactement que possible. Tel \u00e9tait le credo de toute l\u2019\u00e9cole r\u00e9aliste et naturaliste, de Flaubert, de Daudet, de Zola, pour ne citer que les grands. Aujourd\u2019hui, nous sommes plus sceptiques. Beaucoup d\u2019entre nous professent en outre que la v\u00e9ritable mission de l\u2019art est  de transfiguration, en tout cas de choix, et que la v\u00e9rit\u00e9 brute, litt\u00e9rale, n\u2019est pas, ne peut pas \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 la plus profonde. Mais laissons cela. Chacun sa v\u00e9rit\u00e9 et la litt\u00e9rature sera bien gard\u00e9e. Revenons au Journal des Concourt et aux tribulations du pauvre Edmond.<br>Les inimiti\u00e9s que ses indiscr\u00e9tions lui attiraient devinrent telles que ses amis Alphonse Daudet prirent peur pour lui et lui conseill\u00e8rent de suspendre la publication. Cela le fit sourire : \u00ab Ah ! g\u00e9mit-il ironiquement, les femmes ne seront jamais des r\u00e9volutionnaires en litt\u00e9rature et en art. \u00bb Une autre id\u00e9e lui vint : Mme Alphonse Daudet n\u2019avait pas trouv\u00e9 suffisants les \u00e9loges qu\u2019il avait faits d\u2019elle. Fallait-il qu\u2019elle f\u00fbt difficile. I est en cours de publication. Vous avez devin\u00e9 qui je veux dire, c\u2019est Paul L\u00e9autaud. Quand je l\u2019ai connu, il y a plus de quarante-cinq ans, on savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il tenait son journal, mais on n\u2019y attachait pas grande importance. Quand des fragments en ont commenc\u00e9 de para\u00eetre, je m\u2019en suis d\u2019abord amus\u00e9 comme tout le monde, et puis un jour mon amiti\u00e9 avec un autre ami a \u00e9t\u00e9 mise en cause, et cela m\u2019a vivement contrari\u00e9. Je l\u2019ai fait comprendre \u00e0 L\u00e9autaud, mais il \u00e9tait parfaitement indiff\u00e9rent \u00e0 tout ce que l\u2019on pouvait penser de, lui. Sa sensibilit\u00e9 \u00e9tait compl\u00e8tement scl\u00e9ros\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard. \u00c9tait-il perfide ? J\u2019ai pu le croire. On n\u2019a soutenu que ce n\u2019\u00e9tait pas de la perfidie, mais de l\u2019inconscience. Eh bien, s\u2019il y avait chez Edmond de Concourt quelque chose qui ressemblait aussi \u00e0 de l\u2019inconscience, fruit d\u2019une sorte d\u2019intoxication par abus de la litt\u00e9rature, il n\u2019y avait certainement pas de perfidie. Il \u00e9tait peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9ment indiscret, vous vous en rendez compte en lisant son Journal int\u00e9gral et je vous conseille de le faire, car il est passionnant, mais sa loyaut\u00e9, sa droiture morale \u00e9tait et reste au-dessus de tout soup\u00e7on. En d\u00e9pit de. son c\u00f4t\u00e9 potinier, Edmond de<br>Concourt \u00e9tait un grand monsieur. Il imposait le respect \u00e0 tous ceux qui l\u2019approchaient. Octave Mirbeau eut raison de prendre sa d\u00e9fense contre Bonni\u00e8res : \u00ab Nous avons de la noble figure d\u2019Edmond de Concourt par son journal, \u00e9crivit-il dans Echo de Paris, une restitution morale tr\u00e8s compl\u00e8te et tr\u00e8s \u00e9mouvante. Sinc\u00e8re envers les hommes, sinc\u00e8re envers les choses, il est envers soi-m\u00eame d\u2019une sinc\u00e9rit\u00e9 pouss\u00e9e jusqu\u2019au scrupule, jusqu\u2019\u00e0 la minutie du scrupule. Et c\u2019est par l\u00e0 surtout que ce journal me prend\u2026 M. de Concourt a \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 son id\u00e9al, il a toujours refus\u00e9 d\u2019assouplir sa probit\u00e9 litt\u00e9raire aux concessions faciles, d\u2019accepter les reniements de conscience, de se livrer \u00e0 ces petits travaux obscurs qui font que pour Le cinqui\u00e8me volume. parut en f\u00e9vrier 1891. Un habitu\u00e9 du Grenier d\u2019Auteuil, le critique musical Robert de Bonnicres, publia \u00e0 cette occasion un \u00e9reintement f\u00e9roce dans le Figaro : \u00ab Il est certain que depuis bient\u00f4t vingt ans, M. de Concourt ne bat plus que d\u2019une aile\u2026 Le fait est qu\u2019il moucharde et qu\u2019il est inqui\u00e9tant de l\u2019avoir \u00e0 sa table, qu\u2019un salon o\u00f9 il va n\u2019est plus s\u00fbr\u2026 \u00bb J\u2019ai beaucoup connu un homme dont on a beaucoup parl\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie et dont le Journal inspir\u00e9 des m\u00eames principes que celui des Concourt, monter dans l\u2019estime du monde et l\u2019admiration du public il faut se baisser au niveau de la malpropret\u00e9 de l\u2019un et de la b\u00eatise de l\u2019autre. \u00bb<br>Le sixi\u00e8me volume parut \u00e0 la fin de f\u00e9vrier 1892 avec une courte pr\u00e9face : \u00ab Voici quarante ans, y disait Edmond, que je cherche \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9 dans le roman, dans l\u2019histoire et le reste. Cette passion malheureuse a ameut\u00e9 contre ma personne tant de haines, de col\u00e8res, et donn\u00e9 lieu \u00e0 des interpr\u00e9tations si calomnieuses de ma prose, qu\u2019\u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est, o\u00f9 je suis vieux, maladif, d\u00e9sireux de ma tranquillit\u00e9 d\u2019esprit \u2014 je passe la main pour la dire, cette v\u00e9rit\u00e9 \u2014 je passe la main aux jeunes, ayant la richesse du sang, et des jarrets qui ploient encore. Maintenant dans un journal comme celui que je publie, la v\u00e9rit\u00e9 absolue sur les hommes et les femmes rencontr\u00e9s le long de mon existence, se compose d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 agr\u00e9able \u2014 dont on veut bien \u2014 mais presque toujours temp\u00e9r\u00e9e par une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able \u2014 dont on ne veut absolument pas. Eh bien, dans mon dernier volume, je t\u00e2che autant qu\u2019il m\u2019est possible, de servir seulement aux gens, saisis par mes instantan\u00e9s, la v\u00e9rit\u00e9 agr\u00e9able, l\u2019autre v\u00e9rit\u00e9, qui sera la v\u00e9rit\u00e9 absolue, viendra vingt ans apr\u00e8s ma mort. \u00bb<br>Ainsi, vous avez bien compris, le Journal des Concourt, qui, soixante, et non pas vingt ans apr\u00e8s la mort d\u2019Edmond de Concourt, ach\u00e8ves-en ce moment de para\u00eetre aux Editions nationales de Monaco dans l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de son texte, contient au dire de son auteur, la v\u00e9rit\u00e9 absolue, vous avez bien entendu, absolue, c\u2019est-\u00e0-dire la v\u00e9rit\u00e9 agr\u00e9able et la v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able m\u00e9lang\u00e9es. C\u2019est ce m\u00e9lange du d\u00e9sagr\u00e9able et de l\u2019agr\u00e9able qui, pour Concourt, repr\u00e9sentait l\u2019absolu de la v\u00e9rit\u00e9. Il ne se disait pas que cet absolu de la v\u00e9rit\u00e9 pouvait bien n\u2019\u00eatre, ni dans la v\u00e9rit\u00e9 agr\u00e9able ni dans la v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able, il ne se disait pas qu\u2019il pouvait \u00eatre dans une v\u00e9rit\u00e9 sup\u00e9rieure inaccessible \u00e0 notre observation et \u00e0 notre psychologie, il ne se disait surtout pas que la v\u00e9rit\u00e9 humaine, puisque c\u2019est \u00e0 celle-l\u00e0 seulement qu\u2019il s\u2019int\u00e9ressait, ne pouvait \u00eatre comme tout ce qui est humain, que relative \u00e0 chacun de nous, \u00e0 commencer par lui-m\u00eame, Edmond de Concourt. Non, il \u00e9tait persuad\u00e9 que tout ce qu\u2019il voyait, que tout ce qu\u2019il entendait \u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame, la v\u00e9rit\u00e9 absolue, comme il disait.<br>Deux jours apr\u00e8s la publication de ce sixi\u00e8me volume, Mme Alphonse Daudet lui communiqua une interview de Forain, disant que le Journal, le vrai Journal, destin\u00e9 \u00e0 para\u00eetre apr\u00e8s sa mort, \u00e9tait f\u00e9roce pour son mari et elle. Il pensa tout de suite \u00e0 un racontar de Jean Lorrain : \u00ab Ah ! vraiment, Notat-il, c\u2019est abominable, et ce Lorrain, quelle t\u00e9n\u00e9breuse nature est-ce ? Les Daudet, les seuls \u00eatres que. j\u2019aime, les seuls \u00eatres desquels, quand quelque chose chez eux ne m\u2019a pas paru parfait, je n\u2019ai pas voulu le dire\u2026 et jamais avec n\u2019importe qui une parole qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 une profession de la plus chaude amiti\u00e9 pour eux. \u00bb Et r\u00e9pondant \u00e0 Mme Daudet : \u00ab Mais si c\u2019\u00e9tait, le mal que je dirais de vous, \u00e7a hurlerait avec le bien que j\u2019en ai imprim\u00e9 ! \u00bb Pour se disculper tout \u00e0 fait, il aurait pu montrer \u00e0 ses amis Daudet le manuscrit de son Journal. Il s\u2019est bien gard\u00e9 de le faire. Non pas que ce manuscrit ne respire pas la plus chaude amiti\u00e9 pour eux, mais c\u2019est qu\u2019il contient \u00e0 leur sujet des indiscr\u00e9tions qui n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 nullement de leur go\u00fbt.<br>L\u2019INCIDENT DAUDET<br>En avril 1894, un premier fragment du septi\u00e8me volume du Journal, parut dans les colonnes de l\u2019\u00e9cho de Paris. \u00ab Les emb\u00eatements s\u2019annoncent \u00bb, \u00e9crivait Edmond, r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 tout. Il ne se trompait pas. Il y eut d\u2019abord des lettres anonymes, puis, le 3 mai, \u00e9clata un incident, soulev\u00e9 par Ernest Daudet, le fr\u00e8re d\u2019Alphonse, m\u2019Edmond traite de pignouf et de gaffeur. ) ans un passage du Journal il \u00e9tait que- ion de sa m\u00e8re, et en quels ternies 1 Concourt la traitait de \u00ab boh\u00e8me de L&rsquo;Eglise ! \u00bb Il fut sur le point d\u2019adresser \u00e0 l&rsquo;Echo de Paris une protestation ; Alphonse obtint qu\u2019il ne le fit pas mais il \u00e9crivit \u00e0 Concourt. On voyait bien qu\u2019il n\u2019avait pas connu leur m\u00e8re ! Jamais \u00e2me de sainte ne s\u2019\u00e9tait inspir\u00e9e d\u2019une religion plus tol\u00e9rante et mieux entendue. Il y avait eu bien autre chose dans sa vie que la messe et les v\u00eapres ; elle avait mis au monde quatorze enfants dont onze \u00e9taient morts, elle avait donc \u00e9t\u00e9 une vraie Mater dolorosa et port\u00e9 courageusement le fardeau de ses infortunes : \u00ab Si vous aviez lu ce que j\u2019ai \u00e9crit dans dans Mon fr\u00e8re cl moi, vous n\u2019auriez pas trac\u00e9 ce portrait qui est tout juste le contraire de la v\u00e9rit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re que vous ne le maintiendrez pas dans le volume\u2026 \u00bb Il ne le maintien pas et Ernest Daudet lui en sut gr\u00e9. Quand ils se revirent chez Alphonse, il lui tendit la main ; Concourt la serra par amiti\u00e9 pour le cadet. Celui-ci non plus n\u2019approuvait pas certaines indiscr\u00e9tions de Concourt, par exemple ce qu\u2019il disait de l\u2019envie qu\u2019il avait eue de se suicider. Concourt s\u2019excusa sur son amour peut-\u00eatre exag\u00e9r\u00e9 du vrai. Il regrettait de ne pas lui avoir montr\u00e9 les \u00e9preuves. Non moins troubl\u00e9e qu\u2019Alphonse, par cet \u00e9talage de leur intimit\u00e9, Mme Daudet e\u00fbt voulu le d\u00e9tourner de la publication de son<br>Journal. De son c\u00f4t\u00e9, il leur remontrait que son Journal \u00e9tait le plus beau monument d&rsquo;amiti\u00e9 litt\u00e9raire qu\u2019on e\u00fbt jamais vu. Ce n\u2019\u00e9tait probablement pas l\u2019avis des Daudet et ils le lui firent affectueusement comprendre : \u00ab Mes enfants, leur dit-il, combien je regrette de vous avoir fait de la peine 1 \u00bb Il n\u2019avait pas pr\u00e9vu tout ce tapage : \u00ab En dehors de toute irritation passag\u00e8re contre l\u2019indiscr\u00e9tion, \u2018la divulgation de ce Journal, \u00e9crivait Mme Daudet, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019admirer l\u2019auteur, si honn\u00eate et si inconsciemment coupable. \u00bb Ce n\u2019\u00e9tait certainement pas non plus l\u2019avis de tous ceux qui, dans les journaux, lui reprochaient d\u2019avoir tant insist\u00e9 sur la maladie d\u2019Alphonse. Il se persuada qu\u2019on cherchait \u00e0 les brouiller, qu\u2019Ernest Daudet n\u2019avait protest\u00e9 que parce que le Journal d\u00e9truisait la l\u00e9gende familiale cr\u00e9\u00e9e par lui dans son livre sur son fr\u00e8re. Quelqu\u2019un raconta rue de Bellechasse qu\u2019il avait dit du mal des Daudet avec Lorrain dans un caf\u00e9 ou un restaurant. Or, \u00e0 cause de la r\u00e9putation du personnage, il n\u2019avait jamais mis les pieds avec Lorrain dans un \u00e9tablissement de ce genre. H\u00e9las ! le m\u00e9nage Daudet pr\u00eatait l\u2019oreille aux potins les plus mis\u00e9rables et cela faisait des ravages dans la cervelle du pauvre malade bourr\u00e9 de morphine, qui s\u2019obstinait \u00e0 le mettre en garde contre Lorrain : \u00ab Ah ! quel \u00eatre double que ce potinier hyst\u00e9rique ! \u00bb Mlle Zeller n\u2019arrangea rien en lui r\u00e9p\u00e9tant ce que lui avait dit Barr\u00e9s : les Daudet \u00e9taient furieux parce qu\u2019il avait compar\u00e9 sa filleule Edm\u00e9e \u00e0 un gigot de sept livres et parl\u00e9 du duel Edouard Druinond-Arthur Meyer. Aussi, d\u00e9sormais plus prudent, Goncourt soumit il \u00e0 ses amis le manuscrit du huiti\u00e8me volume.<br>Dans toutes les parlotes litt\u00e9raires et boulevardi\u00e8res, il n\u2019\u00e9tait question que du Journal. Et les lettres anonymes continuaient \u00e0 pleuvoir ! Le pauvre Edmond en perdait le sommeil.<br>Le 28 mai, nouvelle protestation d\u2019Ernest. Cette fois, il s\u2019agissait des col\u00e8res du p\u00e8re Daudet \u00ab l\u00e9gendaires dans le pays \u00bb, ce qui \u00e9tait v\u00e9ritablement absurde ! \u00ab Une fois de plus je vous supplie de laisser ma famille en repos. \u00bb<br>Il n\u2019y eut jamais rupture avec les Daudet. Il n\u2019y eut que. des tiraillements et des variations d\u2019humeur. Indirectement pourtant, le Journal fut la cause, d\u2019un refroidissement qui, si Goncourt avait v\u00e9cu,<br>aurait bien pu s\u2019aggraver et devenir d\u00e9&rsquo; nitif. L\u00e9on Daudet \u00e9tait en guerre av Echo de Paris \u00e0 propos d\u2019un dessin &lt; Steinlen injurieux pour lui. Or, avec Echo de Paris, Goncourt avait un contrat : pour la publication de son Journal. l&rsquo;allait-il que, par amiti\u00e9 pour les Daudet, Cj d\u00e9chir\u00e2t ce contrat ? C\u2019\u00e9tait l\u2019opinion dt Mme Daudet. Naturellement ce n\u2019\u00e9tait pas celle de Goncourt. D\u2019o\u00f9 un \u00e9change de lettres aigres-douces dont celui-ci fut malade. C\u2019est alors que Daudet dit \u00e0 Barr\u00e9s : \u00ab C\u2019est fini. Cette amiti\u00e9-l\u00e0 est finie. Je n\u2019y ai plus de plaisir. Vieillard livresque, amiti\u00e9 de papier 1 II ne me fournit plus rien. Il faut qu\u2019un ami nous soit de quelque profit, ou bien alors, que nous sentions une telle affection : quoi, une affection de nourrice ! Ah 1 la vilaine chose que la vie 1 \u00bb<br>VINGT ANS APR\u00c8S<br>AAais ce n\u2019est pas l\u2019histoire de l\u2019amiti\u00e9 de Goncourt et des Daudet que j\u2019ai \u00e0 vous faire ici. Elle aurait certainement fini par tourner mal si Goncourt n\u2019\u00e9tait pas mort, chez les Daudet pr\u00e9cis\u00e9ment, chose dont ceux-ci se seraient bien pass\u00e9s, mais qui a inspir\u00e9 \u00e0 Alphonse des pages dont l\u2019accent ne trompe pas : il n\u2019avait pas cess\u00e9 d\u2019aimer profond\u00e9ment le vieil Edmond.<br>Ainsi les neuf volumes du Journal expurg\u00e9 avaient tant bien que mal r\u00e9ussi \u00e0 para\u00eetre quand Edmond de Goncourt mourut, emport\u00e9 par une pneumonie, &lsquo; dans la propri\u00e9t\u00e9 des Daudet, \u00e0 Champ- Rosay. Mais il laissait derri\u00e8re lui une bombe \u00e0 retardement sous la forme d\u2019une clause de son testament par laquelle il faisait \u00e0 F Acad\u00e9mie Goncourt obligation de publier vingt ans apr\u00e8s sa. mort tous les passages qu\u2019il avait retranch\u00e9s de son Journal par crainte de d\u00e9sobliger des personnes encore vivantes. Il se figurait qu\u2019au bout de vingt ans tous ses contemporains l\u2019auraient rejoint dans la tombe et que les h\u00e9ritiers et les ayants droit accepteraient sans broncher tout ce que le Journal non encore paru contiendrait de d\u00e9sobligeant pour les morts. Na\u00efvet\u00e9, innocence, bien conforme \u00e0 ce que nous savons de son caract\u00e8re. L\u2019\u00e9ch\u00e9ance fatidique tomba en 1916, pendant la bataille de Verdun. On n\u2019y pr\u00eata pas trop d\u2019attention, on avait \u00e0 ce moment-l\u00e0 autre chose en t\u00eate que le Journal des Concourt. Mais la paix revenue, le probl\u00e8me se posa de nouveau, et l\u2019Acad\u00e9mie Concourt se trouva dans un cruel embarras dont elle se tira en recourant au ministre de l\u2019instruction publique. A sa demande, et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public, celui-ci fit interdire la communication du manuscrit du Journal d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Solution d\u00e9fectueuse et incertaine qui ne pouvait \u00eatre que provisoire, mais qui dura tout de m\u00eame un quart de si\u00e8cle, non sans que la question de la publication rev\u00eent p\u00e9riodiquement sur l\u2019eau, et c\u2019est ce qui, tout \u00e0 l\u2019heure, me l\u2019a fait comparer au fameux serpent de mer. Mais l\u2019Acad\u00e9mie Concourt s\u2019est, je ne dirai pas rajeunie, ce ne serait pas gentil pour nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, elle s\u2019est renouvel\u00e9e en vertu de l\u2019action inexorable du temps, et un \u00e9tat d\u2019esprit y est n\u00e9, assez diff\u00e9rent de celui qui y pr\u00e9dominait, il y a trente ans. Les ann\u00e9es ont pass\u00e9, les morts se sont de plus en plus enfonc\u00e9s dans l\u2019indiff\u00e9rence et dans l\u2019oubli, ce que les Concourt ont pu raconter sur eux est devenu peu \u00e0 peu, sinon de l\u2019histoire, du moins de la petite histoire. Le d\u00e9nigrement, la diffamation n\u2019existe que dans l\u2019esprit de ceux qui en ont connaissance et \u00e0 la condition qu\u2019ils y attachent de l\u2019importance, \u00e0 condition de faire probl\u00e8me se posa de nouveau, et l\u2019Acad\u00e9mie Concourt se trouva dans un cruel embarras dont elle se tira en recourant au ministre de l\u2019instruction publique. A sa demande, et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre public, celui-ci fit interdire la communication du manuscrit du Journal d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Solution d\u00e9fectueuse et incertaine qui ne pouvait \u00eatre que provisoire, mais qui dura tout de m\u00eame un quart de si\u00e8cle, non sans que la question de la publication rev\u00eent p\u00e9riodiquement sur l\u2019eau, et c\u2019est ce qui, tout \u00e0 l\u2019heure, me l\u2019a fait comparer au fameux serpent de mer. Mais l\u2019Acad\u00e9mie Concourt s\u2019est, je ne dirai pas rajeunie, ce ne serait pas gentil pour nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, elle s\u2019est renouvel\u00e9e en vertu de l\u2019action inexorable du temps, et un \u00e9tat d\u2019esprit y est n\u00e9, assez diff\u00e9rent de celui qui y pr\u00e9dominait, il y a trente ans. Les ann\u00e9es ont pass\u00e9, les morts se sont de plus en plus enfonc\u00e9s dans l\u2019indiff\u00e9rence et dans l\u2019oubli, ce que les Concourt ont pu raconter sur eux est devenu peu \u00e0 peu, sinon de l\u2019histoire, du moins de la petite histoire. Le d\u00e9nigrement, la diffamation n\u2019existe que dans l\u2019esprit de ceux qui en ont connaissance et \u00e0 la condition qu\u2019ils y attachent de l\u2019importance, \u00e0 condition de faire scandale. Concourt se figurait qu\u2019au bout de vingt ans, il n\u2019y avait plus scandale. Or, le scandale possible ne cesse gu\u00e8re qu\u2019au bout de cinquante ans. Il y en a maintenant plus de soixante qu\u2019Edmond a cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire, tu\u00e9 indirectement par une maladie de foie qu\u2019il avait contract\u00e9e en d\u00eenant trop souvent en ville afin de recueillir des informations pour son Journal, ce qui a fait dire, non sans quelque raison, que la premi\u00e8re victime de son Journal, \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 lui. Disons m\u00eame : la seule victime\u2026<br>tst-ce \u00e0 dire que ce fameux Journal, non expurg\u00e9, non \u00e9dulcor\u00e9, dont la publication en vingt-cinq volumes va s\u2019achever, manque de sel, ou du moins que son sel s\u2019est \u00e9vapor\u00e9 ? Pour ma part, je le trouve d\u2019un int\u00e9r\u00eat palpitant, non pas tant \u00e0 cause des indiscr\u00e9tions qu\u2019il contient et dont quelques &#8211; unes, sont, ma foi, assez raides, mais \u00e0 cause de l\u2019impression de vie, de v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019en d\u00e9gage et qui tient au talent de ses auteurs. Horace de Viel-Castel, qui, lui aussi, a tenu son Journal \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que les Concourt et dans le m\u00eame milieu, puisque lui aussi avait \u00e9t\u00e9 avant eux le familier de la princesse Mathilde, a multipli\u00e9 dans ses com- m\u00e9trages les<br>indiscr\u00e9tions d\u00e9sobligeantes, mais emport\u00e9 par sa passion de d\u00e9nigrement, il n\u2019a pas su garder la mesure, et surtout il n\u2019avait pas de talent ; on n\u2019a jamais eu l\u2019id\u00e9e de le r\u00e9\u00e9diter int\u00e9gralement. Les Concourt, eux, avaient du talent, les Concourt \u00e9taient des \u00e9crivains, de grands \u00e9crivains, de grands artistes. On les lit, on les relit toujours avec plaisir. Aussi l\u2019ach\u00e8vement de la publication int\u00e9grale de leur Journal constitue a-t-il l\u2019\u00e9v\u00e9nement litt\u00e9raire le plus important de ce printemps. Aussi le Journal reste a-t-il d\u2019une lecture passionnante pour qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019histoire anecdotique du XIXe si\u00e8cle. Aussi a-t-il d\u00e9sormais sa place dans la biblioth\u00e8que de tous les let tr\u00e8s, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des lettres de Mme de S\u00e9vign\u00e9, des M\u00e9moires de Saint &#8211; Simon et de Chateaubriand, des Choses pues de Victor Hugo, qu\u2019il \u00e9gale souvent pour la force d \u2019 \u00e9vocation, des M\u00e9moires d\u2019une tante, de la coni- t e s s e de Broigne, des Salons de Paris de Mme Ancelot, du Journal de Delacroix, des Confessions d\u2019Ars\u00e8ne Houssaye, du Journal de Jules Renard, etc. Je cite au hasard et je n\u2019oublie pas, bien entendu, les \u00e9crits intimes de Stendhal qui brillent au premier rang de toute cette litt\u00e9rature personnelle, la plus passionnante, au dire de certains, de tous les genres litt\u00e9raires, et ceci est encore plus vrai de l\u2019\u0153uvre des Concourt que de celle de n\u2019importe quel autre \u00e9crivain. Leur Journal est vraiment leur chef-d\u2019\u0153uvre. Gr\u00e2ce \u00e0 leur Journal plus encore que gr\u00e2ce \u00e0 leur Acad\u00e9mie et \u00e0 leur prix, ils sont assur\u00e9s de survivre. Leur Acad\u00e9mie et leur prix p\u00e9riront forc\u00e9ment un jour ou l\u2019autre. Leur Journal ne p\u00e9rira pas.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">                                             ANDR\u00c9 BILLY de l\u2019Acad\u00e9mie Concourt<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">                                                  bien des curiosit\u00e9s et des pol\u00e9miques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fr\u00e8res Goncourt \u00e9taient deux \u00e9crivains fran\u00e7ais du XIXe si\u00e8cle, Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870), qui ont travaill\u00e9 ensemble pendant la majeure partie de leur vie pour produire une s\u00e9rie d&rsquo;\u0153uvres litt\u00e9raires. 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